L'aventure entrepreneuriale est rarement un long fleuve tranquille. Confronté aux évolutions du marché, aux nouvelles technologies ou à un changement d'aspirations personnelles, un chef d'entreprise peut devoir envisager un pivot. Loin d'être un aveu d'échec, pivoter est une manœuvre stratégique qui nécessite une vision claire et une analyse approfondie. Dans ce contexte, le bilan de compétences se révèle être un outil puissant, permettant de sécuriser cette transition en alignant la stratégie de l'entreprise sur les atouts et les motivations profondes de son dirigeant.
Pourquoi un entrepreneur devrait-il envisager un pivot ?
Le pivot stratégique, popularisé par la méthodologie du "Lean Startup", est une correction de trajectoire majeure pour une entreprise. Plusieurs facteurs peuvent motiver une telle décision :
- Saturation du marché : La concurrence devient trop intense ou l'offre initiale ne se différencie plus assez.
- Évolution technologique : Une nouvelle technologie rend le modèle économique ou le produit obsolète.
- Changement des comportements clients : Les attentes et les besoins des consommateurs évoluent, rendant l'offre moins pertinente.
- Épuisement personnel : Le dirigeant ne se reconnaît plus dans son activité ou ressent un désalignement avec ses valeurs personnelles.
- Nouvelle opportunité : Une occasion de marché inattendue se présente et requiert une réorientation des ressources.
Comme l'explique Bpifrance Création, pivoter n'est pas simplement changer d'avis, mais une décision réfléchie basée sur des données et une analyse fine de l'environnement interne et externe de l'entreprise.
Le bilan de compétences, un outil d'analyse stratégique pour le chef d'entreprise
Souvent associé au monde du salariat, le bilan de compétences est en réalité un levier de développement extrêmement pertinent pour les dirigeants. Il dépasse la simple évaluation professionnelle pour devenir un audit personnel et stratégique. En effet, la démarche du bilan de compétences pour les entrepreneurs offre un cadre pour faire le point sur ses propres ressources avant de redéfinir celles de son entreprise.
Au-delà de l'inventaire des compétences techniques
Pour un entrepreneur, le bilan ne se limite pas à lister les savoir-faire (hard skills). Il met en lumière :
- Les compétences transversales : Leadership, négociation, résilience, gestion du stress, créativité... Autant de qualités qui sont le véritable moteur de l'entreprise.
- Les motivations profondes : Qu'est-ce qui vous a poussé à entreprendre ? Ce moteur est-il toujours présent ? Le nouveau projet y répondra-t-il ?
- Les valeurs personnelles : Le pivot envisagé est-il en accord avec vos principes fondamentaux ? Un alignement est crucial pour garantir un engagement durable.
Aligner la stratégie d'entreprise avec ses aspirations personnelles
Un pivot réussi est un pivot incarné. Le bilan de compétences assure que la nouvelle direction de l'entreprise ne soit pas seulement viable économiquement, mais aussi épanouissante pour son dirigeant. Cette introspection permet d'éviter de reconstruire une nouvelle "prison dorée" et de s'assurer que le futur projet sera source de motivation et de performance à long terme.
Comment le bilan de compétences structure-t-il le pivot ?
Conformément au cadre légal défini par le Code du travail, le bilan se déroule typiquement en trois phases, parfaitement adaptées à une réflexion sur un pivot.
1. La phase préliminaire et d'investigation
Cette première étape consiste à faire un état des lieux complet de votre parcours d'entrepreneur. C'est le moment d'analyser sans concession les succès, les échecs, les compétences développées et les sources de satisfaction ou de frustration. L'objectif est de dresser un portrait objectif de vos atouts et de vos axes de développement.
2. La phase d'exploration
Fort de la connaissance de vous-même acquise, vous pouvez commencer à explorer concrètement les pistes de pivot. Le bilan permet de confronter vos idées à la réalité de vos compétences et de vos aspirations. Vous pouvez modéliser différents scénarios : diversifier l'offre, cibler une nouvelle clientèle, changer de modèle économique, etc. Chaque piste est évaluée au prisme de votre profil personnel et professionnel.
3. La phase de conclusion et de plan d'action
La dernière étape synthétise les enseignements et débouche sur un plan d'action concret. Il ne s'agit plus seulement d'une idée, mais d'une stratégie définie avec des objectifs clairs, les étapes de mise en œuvre, les besoins en formation éventuels et les indicateurs de succès. Bénéficier d'un accompagnement externe avec une méthode éprouvée peut s'avérer décisif pour structurer cette démarche et valider la solidité du projet de pivot.
Bénéfices attendus d'un pivot préparé par un bilan
Engager un pivot après un bilan de compétences maximise les chances de succès. Les bénéfices sont multiples :
- Prise de décision éclairée : La décision de pivoter est basée sur une analyse factuelle et non sur une intuition ou une réaction à chaud.
- Réduction du risque : La nouvelle stratégie est alignée avec vos compétences clés, ce qui augmente sa pertinence et sa solidité.
- Motivation renouvelée : Le projet est en phase avec vos aspirations profondes, garantissant un engagement total de votre part.
- Vision claire : Vous disposez d'une feuille de route précise pour communiquer votre nouvelle vision à vos partenaires, investisseurs et équipes.
Dans certains cas, l'introspection peut révéler que la voie entrepreneuriale n'est plus la plus adaptée. Le bilan peut alors servir de fondation pour préparer un retour au salariat après l'entrepreneuriat, en valorisant de manière optimale les compétences uniques acquises.
En conclusion, utiliser le bilan de compétences pour pivoter son activité est un acte de leadership stratégique. C'est investir sur son principal actif – soi-même – pour assurer la pérennité et la croissance de son entreprise. C'est se donner les moyens de transformer une contrainte ou une incertitude en une formidable opportunité de réinvention.