Lorsqu'un salarié est déclaré inapte à son poste par le médecin du travail, une période complexe s'ouvre tant pour lui que pour son employeur. Ce dernier est soumis à une obligation légale de reclassement. Dans ce contexte, le bilan de compétences s'impose comme un outil stratégique et constructif. Il permet d'analyser la situation, d'identifier les compétences transférables et de définir un nouveau projet professionnel réaliste, aligné avec les restrictions médicales et les aspirations de la personne.
Comprendre l'inaptitude et l'obligation de reclassement
L'inaptitude professionnelle n'est ni un arrêt maladie, ni une situation d'invalidité. C'est une décision formalisée qui a des conséquences directes sur le contrat de travail et engage la responsabilité de l'employeur.
Qu'est-ce que l'inaptitude professionnelle ?
L'inaptitude est constatée par le médecin du travail lorsqu'il estime que l'état de santé (physique ou mental) d'un salarié est devenu incompatible avec le poste qu'il occupe. Selon les informations du portail de l'administration française, cette décision intervient après une étude du poste et des conditions de travail, ainsi que deux examens médicaux espacés de 15 jours (sauf exception). L'avis d'inaptitude peut préciser si l'inaptitude concerne uniquement le poste actuel ou tout poste dans l'entreprise.
L'obligation de reclassement de l'employeur
Suite à cet avis, l'employeur a l'obligation de chercher à reclasser le salarié. Conformément à l'article L.1226-2 du Code du travail, il doit proposer un autre emploi approprié à ses capacités, aussi comparable que possible à l'emploi précédemment occupé. Cette recherche doit prendre en compte les conclusions écrites du médecin du travail et les indications qu'il formule sur l'aptitude du salarié à exercer l'une des tâches existantes dans l'entreprise. Le licenciement pour inaptitude ne peut intervenir que si l'employeur justifie de son impossibilité de proposer un poste de reclassement.
Le bilan de compétences, un levier pour le reclassement
Face à l'incertitude générée par une déclaration d'inaptitude, le bilan de compétences offre un cadre structuré pour reprendre le contrôle de sa trajectoire professionnelle.
Pourquoi réaliser un bilan de compétences dans ce contexte ?
Le bilan de compétences permet au salarié de faire le point sur son parcours, d'identifier ses compétences (y compris celles non exploitées dans son poste précédent), ses aptitudes et ses motivations. Il aide à se projeter dans un avenir professionnel différent, en transformant une contrainte (l'inaptitude) en une opportunité de réorientation choisie plutôt que subie. C'est une étape essentielle pour construire un projet professionnel solide et argumenté à présenter à son employeur ou sur le marché du travail.
Identifier des pistes professionnelles réalistes et adaptées
L'objectif principal est de définir des pistes de métiers ou de postes compatibles avec les nouvelles restrictions de santé. Le bilan permet d'explorer des secteurs d'activité, des types de postes ou des aménagements de travail qui n'avaient pas été envisagés auparavant. C'est une démarche particulièrement pertinente pour construire un projet professionnel prenant en compte une situation de handicap reconnue, en s'assurant que les nouvelles pistes sont viables sur le long terme.
Financement et mise en œuvre du bilan
La question du financement et du choix de l'organisme est centrale pour entamer la démarche dans de bonnes conditions.
Qui peut financer le bilan ?
Plusieurs dispositifs peuvent être mobilisés :
- Le Compte Personnel de Formation (CPF) : Le salarié peut utiliser ses droits CPF pour financer son bilan.
- L'employeur : Dans le cadre de son obligation de reclassement, l'employeur peut financer le bilan via le plan de développement des compétences.
- Organismes publics : France Travail (anciennement Pôle Emploi) ou Cap Emploi pour les travailleurs handicapés peuvent également proposer un financement.
Il est conseillé de se rapprocher de son service RH ou d'un conseiller en évolution professionnelle (CEP) pour étudier la meilleure option.
Comment choisir son organisme ?
Il est crucial de choisir un organisme certifié Qualiopi, gage de la qualité du processus. La spécialisation de l'organisme dans les transitions professionnelles complexes est un atout. Il est essentiel de trouver une approche qui permette d'aligner projet professionnel et contraintes personnelles. Des structures proposent par exemple un entretien découverte pour évaluer la pertinence de leur méthode face à une situation d'inaptitude.
Anticiper pour mieux rebondir
Engager un bilan de compétences peut aussi être une démarche préventive, avant même que l'avis d'inaptitude ne soit officiellement prononcé.
Le bilan de compétences comme outil d'anticipation
Dès les premiers signes de difficultés de santé au travail, entamer une réflexion sur son avenir professionnel est une sage décision. Le bilan de compétences devient alors une démarche proactive pour anticiper un éventuel licenciement, en préparant en amont un ou plusieurs projets de reconversion. Cela permet d'aborder les discussions avec l'employeur et le médecin du travail avec des solutions concrètes, comme le confirme l'Assurance Maladie sur sa page dédiée à l'inaptitude au travail.
Et après le bilan ?
Le bilan se conclut par un document de synthèse qui formalise le projet professionnel. Ce document sert de base pour la suite : recherche d'un poste en interne, demande de formation pour acquérir de nouvelles compétences, ou préparation à une recherche d'emploi sur le marché externe si le reclassement interne s'avère impossible. Il devient un véritable passeport pour un nouveau départ professionnel.