Après un bilan de compétences, la création d'entreprise est une voie de reconversion privilégiée. Une question centrale se pose alors : faut-il opter pour la simplicité de la micro-entreprise ou la structure protectrice de la SASU ? Ce choix n'est pas anodin, il conditionne votre régime social, votre fiscalité, votre responsabilité et le potentiel de développement de votre activité. Cet article compare point par point ces deux statuts pour vous aider à prendre une décision éclairée, en analysant leurs avantages et inconvénients respectifs, les formalités de création, la protection sociale offerte et leur adéquation avec différents types de projets.
La micro-entreprise : la voie de la simplicité
Le régime de la micro-entreprise, anciennement auto-entreprise, est souvent plébiscité pour sa facilité de création et de gestion. C'est un statut idéal pour tester une idée ou démarrer une activité avec un minimum de contraintes administratives.
Avantages de la micro-entreprise
- Simplicité administrative : La création se fait en quelques clics sur le site du Guichet unique des formalités des entreprises. La gestion quotidienne est allégée, avec des obligations comptables réduites à la tenue d'un livre de recettes.
- Régime micro-social simplifié : Les cotisations sociales sont calculées sur la base d'un pourcentage fixe du chiffre d'affaires encaissé. Si vous ne générez pas de chiffre d'affaires, vous ne payez pas de cotisations.
- Régime micro-fiscal : L'imposition est également basée sur le chiffre d'affaires après un abattement forfaitaire pour frais professionnels. Il est possible d'opter pour le versement libératoire de l'impôt sur le revenu, payé en même temps que les cotisations.
- Franchise de TVA : Jusqu'à un certain seuil de chiffre d'affaires, vous ne facturez pas la TVA, ce qui peut être un avantage concurrentiel pour une clientèle de particuliers.
Inconvénients à considérer
- Plafonds de chiffre d'affaires : Le statut est conditionné au respect de plafonds annuels (188 700 € pour les activités de vente, 77 700 € pour les prestations de services en 2024). Un dépassement impose un changement de régime.
- Protection sociale limitée : Bien que vous cotisiez pour la retraite et la maladie, la protection est moins étendue que celle d'un salarié. Vous ne cotisez pas pour l'assurance chômage, par exemple.
- Déduction des charges impossible : L'imposition et les cotisations sont calculées sur le chiffre d'affaires, sans possibilité de déduire les frais réels (achats de matériel, loyer, etc.). Ce statut est donc moins intéressant pour les activités nécessitant des investissements importants.
- Responsabilité illimitée : Votre patrimoine personnel et professionnel sont confondus. En cas de dettes, vos biens personnels peuvent être saisis (sauf votre résidence principale qui est insaisissable de droit).
La SASU : structure, protection et ambition
La Société par Actions Simplifiée Unipersonnelle (SASU) est une véritable société. Elle offre un cadre plus structuré et protecteur, adapté aux projets visant une croissance significative.
Avantages de la SASU
- Protection du patrimoine : Votre responsabilité est limitée au montant de vos apports dans le capital de la société. Votre patrimoine personnel est donc protégé des créanciers professionnels.
- Protection sociale élevée : En tant que président de SASU percevant une rémunération, vous êtes affilié au régime général de la Sécurité sociale en tant qu'assimilé-salarié. Vous bénéficiez d'une protection sociale quasi-identique à celle d'un salarié (retraite, maladie), à l'exception de l'assurance chômage.
- Pas de plafond de chiffre d'affaires : La SASU n'est soumise à aucun plafond de CA, ce qui offre une liberté totale pour le développement de l'activité.
- Déduction des charges réelles : L'entreprise est imposée sur ses bénéfices réels (chiffre d'affaires moins les charges déductibles), ce qui est fiscalement plus juste pour les activités avec des frais importants.
- Crédibilité et évolution : Une structure de société est souvent perçue comme plus professionnelle et crédible par les partenaires (banques, fournisseurs). Elle facilite également l'entrée de nouveaux associés en passant simplement en SAS.
Inconvénients à ne pas négliger
- Complexité et coût de création : Les démarches sont plus lourdes et coûteuses : rédaction de statuts, publication d'une annonce légale, dépôt d'un capital social, immatriculation au RCS.
- Gestion administrative et comptable rigoureuse : Vous devez tenir une comptabilité complète (bilan, compte de résultat) et respecter un formalisme juridique plus strict (assemblées générales, registres).
- Cotisations sociales élevées : Les cotisations sociales sur la rémunération du président sont significativement plus élevées que celles du micro-entrepreneur.
Tableau comparatif : Micro-entreprise vs SASU
Critères clés
- Formalités de création : Simple et gratuite pour la micro-entreprise ; Complexe et payante pour la SASU.
- Régime social : Travailleur non-salarié (TNS) pour le micro-entrepreneur ; Assimilé-salarié (si rémunéré) pour le président de SASU.
- Régime fiscal : Impôt sur le Revenu (régime micro-fiscal) pour la micro-entreprise ; Impôt sur les Sociétés (par défaut) ou Impôt sur le Revenu (sur option) pour la SASU.
- Responsabilité : Illimitée pour la micro-entreprise ; Limitée aux apports pour la SASU.
- Gestion comptable : Ultra-simplifiée pour la micro-entreprise ; Complète pour la SASU.
Quel statut pour votre projet post-reconversion ?
Le choix final est une étape cruciale qui s'inscrit dans une réflexion plus large sur le statut juridique le plus adapté pour se lancer après un bilan de compétences. Il dépend de la nature de votre projet et de vos objectifs personnels.
La micro-entreprise est faite pour vous si :
- Vous lancez une activité de prestation de services avec peu de frais (consultant, freelance, coach).
- Vous souhaitez tester votre projet sans prendre de risques financiers importants.
- Vous cherchez une activité complémentaire à un statut de salarié.
- La simplicité administrative est votre priorité absolue.
Optez pour la SASU si :
- Votre projet nécessite des investissements importants et a des charges de fonctionnement élevées.
- Vous prévoyez une croissance rapide et un chiffre d'affaires dépassant les plafonds de la micro-entreprise.
- Vous souhaitez vous verser un salaire régulier et bénéficier d'une protection sociale solide. Il est d'ailleurs crucial de comprendre comment votre statut influe sur le maintien des allocations chômage (ARE).
- Vous envisagez de vous associer ou de faire entrer des investisseurs à moyen terme.