L'essor des plateformes en ligne a démocratisé l'accès au bilan de compétences. Cependant, ce modèle industrialisé présente un risque souvent sous-estimé : le turn-over élevé des consultants. Ce phénomène, loin d'être anodin, peut avoir des conséquences directes sur la qualité et la continuité de votre accompagnement. Les causes principales sont souvent liées à la précarité du statut des consultants, à une rémunération faible et à un manque de supervision, impactant directement la relation de confiance et la cohérence de la démarche pour le bénéficiaire.
Les causes du turn-over élevé sur les plateformes
Le roulement fréquent des consultants au sein de certaines structures n'est pas le fruit du hasard. Il s'explique par un modèle économique qui peut fragiliser les professionnels chargés de l'accompagnement.
Le statut d'indépendant et la précarité
De nombreuses plateformes collaborent avec un réseau de consultants indépendants (freelances) plutôt qu'avec des salariés. Si ce statut offre de la flexibilité, il rime aussi souvent avec précarité : revenus irréguliers, absence de congés payés, et une protection sociale moindre. Selon des données de l'INSEE sur les tensions du marché du travail, la recherche de stabilité est un facteur clé de mobilité professionnelle. Un consultant en situation précaire sera plus enclin à quitter une plateforme pour une opportunité plus stable.
Une rémunération souvent faible
La concurrence féroce entre les plateformes pousse les prix vers le bas. Pour maintenir leur marge, certaines réduisent la rémunération versée aux consultants. Une faible rémunération peut entraîner une baisse de motivation et une charge de travail excessive pour atteindre un revenu décent, favorisant l'épuisement professionnel et la recherche d'un meilleur équilibre. Ce modèle économique soulève la question des risques associés à l'industrialisation du bilan de compétences, où la pression sur les prix se répercute directement sur les accompagnateurs.
Manque de supervision et d'accompagnement des consultants
Contrairement aux cabinets traditionnels, certaines plateformes à grand volume offrent peu de supervision, de formation continue ou de soutien à leurs consultants. Cet isolement peut nuire à la qualité des pratiques et au bien-être du professionnel, qui peut se sentir livré à lui-même face à des situations complexes. Le manque d'appartenance à une équipe et de perspectives d'évolution est un autre facteur puissant de turn-over.
Quelles conséquences pour la personne accompagnée ?
Le premier impacté par le changement de consultant en cours de bilan est le bénéficiaire lui-même. La démarche, qui repose sur l'humain, est alors fragilisée.
Rupture de la relation de confiance
Le bilan de compétences est un processus introspectif qui nécessite un lien de confiance fort avec son consultant. Devoir changer d'interlocuteur en cours de route brise cette dynamique. Il faut alors du temps pour reconstruire une nouvelle relation, ce qui peut freiner la progression et altérer la qualité des échanges.
Incohérence dans le suivi et la méthode
Chaque consultant, même en suivant un cadre commun, a sa propre sensibilité et sa propre approche. Un changement peut entraîner des dissonances dans la méthode et la vision de l'accompagnement. Cette discontinuité est l'une des raisons pour lesquelles il est légitime de se questionner sur le modèle de certaines plateformes ed-tech qui privilégient le volume à la personnalisation.
Perte d'informations et de temps
Même avec une passation de dossier, des informations essentielles sur votre parcours, vos doutes et vos aspirations peuvent se perdre. Vous pouvez être contraint de répéter des éléments déjà abordés, ce qui représente une perte de temps et une source de frustration, venant parasiter une démarche qui devrait être fluide et constructive.
Comment se prémunir contre ce risque ?
Il est possible d'anticiper ce problème en posant les bonnes questions avant de vous engager avec un organisme de bilan de compétences.
- Se renseigner sur le statut des consultants : Demandez si les consultants sont des salariés de l'entreprise ou des indépendants. Interrogez l'organisme sur leur expérience moyenne et leur ancienneté au sein de la structure.
- Questionner le modèle de la plateforme : Informez-vous sur les modalités de supervision et de formation des consultants. Une structure qui investit dans ses équipes est souvent un gage de stabilité et de qualité.
- Exiger un interlocuteur unique : C'est un point essentiel. Assurez-vous, dès le premier contact, que le même consultant vous accompagnera du début à la fin de votre bilan. Cette garantie est un critère de choix déterminant pour un accompagnement serein et efficace.
En conclusion, si les plateformes ont facilité l'accès au bilan de compétences, la vigilance est de mise. La stabilité de votre interlocuteur est un pilier fondamental de la réussite de votre démarche. Privilégier un organisme qui valorise ses consultants, c'est investir dans la qualité de votre propre transition professionnelle.