Le retour d'expatriation est souvent idéalisé, mais la réintégration dans son pays d'origine, et plus particulièrement dans son environnement professionnel, peut s'avérer complexe. Ce phénomène, connu sous le nom de choc culturel inverse ou choc du retour, est une réaction psychologique et émotionnelle face à la redécouverte d'une culture que l'on pensait familière. Il se manifeste par des difficultés d'adaptation aux normes, aux processus et aux relations de travail. Comprendre ses mécanismes, de la phase de "lune de miel" à celle de l'adaptation, et connaître les symptômes courants est essentiel pour mieux le gérer et transformer cette expérience en un atout professionnel.
Qu'est-ce que le choc culturel inverse ?
Le choc culturel inverse est le processus de réadaptation à sa propre culture après avoir vécu à l'étranger. Contrairement au choc culturel de départ, il est souvent inattendu. Le salarié de retour s'attend à retrouver ses marques instantanément, mais se heurte à une réalité différente. Des chercheurs comme John et Jeanne Gullahorn ont modélisé ce processus avec la courbe en W de l'adaptation, qui montre que le retour suit des phases similaires à celles de l'expatriation (euphorie, crise, ajustement, adaptation).
Ce décalage provient de trois facteurs principaux :
- Les changements personnels : L'expatrié a évolué, développé de nouvelles compétences et une nouvelle vision du monde.
- Les changements dans le pays d'origine : L'environnement familial, social et professionnel a changé en son absence.
- Les attentes irréalistes : L'idéalisation du "chez-soi" conduit à une déception lorsque la réalité ne correspond pas aux souvenirs.
Les symptômes du choc du retour dans la sphère professionnelle
Au travail, le choc culturel inverse peut prendre plusieurs formes, affectant la performance et le bien-être du salarié. Identifier ces symptômes est la première étape pour y remédier.
Un sentiment de déconnexion et d'incompréhension
Le salarié impatrié peut se sentir comme un étranger dans sa propre entreprise. Les codes sociaux, les non-dits et l'humour au bureau peuvent lui sembler différents. Il peut avoir du mal à suivre les nouvelles procédures, à comprendre la nouvelle stratégie de l'entreprise ou simplement à participer aux conversations informelles, créant un sentiment d'isolement.
La dévalorisation des compétences acquises
Les compétences interculturelles, linguistiques ou l'autonomie développées à l'étranger ne sont pas toujours reconnues à leur juste valeur. Le salarié peut avoir l'impression que son expérience unique est ignorée, voire perçue comme un handicap. Cette frustration peut mener à une baisse de motivation et d'engagement.
La critique systématique de l'environnement de travail
En comparant constamment son environnement actuel avec celui de son pays d'expatriation, le salarié peut développer une attitude critique. La bureaucratie, la lenteur des décisions ou le management peuvent devenir des sources de frustration intense. Cette attitude, si elle n'est pas maîtrisée, peut nuire aux relations avec les collègues et la hiérarchie.
Stratégies pour une réintégration professionnelle réussie
Surmonter le choc culturel inverse demande du temps et une approche proactive. Il ne s'agit pas de subir la situation, mais d'agir pour faciliter la transition.
1. Anticiper et gérer ses attentes
Avant même le retour, il est crucial de se renseigner sur les évolutions de l'entreprise et du poste. Il faut accepter que ni vous, ni votre environnement n'êtes restés figés. Reconnaître que la réintégration sera un processus, avec des hauts et des bas, permet de mieux aborder les difficultés lorsqu'elles surviennent.
2. Communiquer sur son expérience et ses ressentis
Il est important de parler de son expérience à l'étranger, non pas pour comparer, mais pour expliquer son parcours et les compétences développées. Partager ses difficultés d'adaptation avec son manager ou les ressources humaines peut également aider à trouver des solutions et à se sentir soutenu. Des ressources, comme le guide du retour en France du Ministère des Affaires étrangères, peuvent fournir un cadre officiel à cette démarche.
3. Valoriser et traduire ses compétences
Plutôt que d'attendre que les autres reconnaissent la valeur de votre expérience, il faut la traduire en termes concrets et bénéfiques pour l'entreprise. Montrez comment votre adaptabilité, votre connaissance d'un marché étranger ou votre capacité à travailler en milieu multiculturel peuvent être des atouts pour des projets actuels. Cette démarche de valorisation est une étape clé pour bien gérer son retour d'expatriation d'un point de vue professionnel et peut être structurée efficacement.
4. Reconstruire son réseau et trouver sa place
Investissez du temps pour recréer des liens avec vos collègues. Participez aux événements d'équipe, proposez votre aide sur des projets et intéressez-vous sincèrement au travail des autres. Progressivement, vous retrouverez votre place au sein de l'équipe et de l'organisation, non pas comme celui ou celle que vous étiez avant de partir, mais comme la nouvelle personne que vous êtes devenue, enrichie par votre expérience internationale.