Le bilan de compétences est une démarche centrée sur la carrière et l'avenir professionnel. Pourtant, la frontière entre vie professionnelle et vie personnelle est souvent poreuse. Il est donc légitime de se demander quel est le périmètre exact de cet accompagnement. Légalement, le bilan vise à analyser les compétences professionnelles et personnelles ainsi que les aptitudes et motivations. La clé réside dans la pertinence des informations personnelles partagées, qui doivent servir le projet professionnel sans pour autant transformer la démarche en thérapie. Cet article définit le cadre, les interactions et les limites à respecter pour un bilan efficace et éthique.
Le cadre légal et déontologique : une démarche professionnelle avant tout
Le bilan de compétences est un dispositif encadré par la loi. L'article L.6313-4 du Code du travail le définit comme une action permettant d'analyser ses compétences professionnelles et personnelles, ainsi que ses aptitudes et motivations. Si la dimension personnelle est explicitement mentionnée, elle doit toujours être mise en perspective d'un objectif professionnel : construire un projet, valider une formation, envisager une mobilité.
Le consultant en bilan de compétences est par ailleurs tenu à des règles déontologiques strictes :
- Confidentialité absolue : Rien de ce qui est échangé ne peut être divulgué à un tiers, y compris l'employeur si le bilan est fait sur le temps de travail.
- Neutralité bienveillante : Le consultant accompagne la réflexion sans jugement et sans imposer ses propres vues.
- Consentement : Le bénéficiaire est volontaire et reste maître des informations qu'il souhaite partager.
Ce cadre garantit que l'exploration de la sphère personnelle ne se fait qu'avec l'accord du bénéficiaire et dans le seul but de servir son projet.
Pourquoi la vie personnelle s'invite-t-elle dans le bilan ?
Ignorer totalement la sphère personnelle reviendrait à construire un projet professionnel déconnecté de la réalité et des aspirations profondes de l'individu. Plusieurs éléments personnels sont en effet des moteurs ou des contraintes essentiels à prendre en compte :
- Les valeurs personnelles : Le besoin d'éthique, de créativité, de sécurité ou de contribution sociale influence fortement la satisfaction au travail.
- Les contraintes et projets de vie : Un projet de déménagement, des obligations familiales ou un équilibre de vie souhaité sont des paramètres fondamentaux pour la viabilité d'un projet.
- Les centres d'intérêt et passions : Les activités extra-professionnelles sont souvent une source de compétences transversales (gestion de projet, communication, etc.) et peuvent révéler des appétences inexploitées.
Prendre en compte ces aspects permet de mieux identifier ses besoins professionnels, qu'ils soient directs ou sous-jacents, et de s'assurer que le projet final est non seulement réalisable, mais aussi source d'épanouissement.
Définir les limites : un accord entre le consultant et le bénéficiaire
Le rôle crucial de la phase préliminaire
Le périmètre du bilan est co-construit dès le début de l'accompagnement. C'est l'objet de l'analyse de la demande, une étape clé de la phase préliminaire. Durant ce ou ces premiers entretiens, le consultant présente sa méthodologie et le cadre déontologique. Le bénéficiaire expose ses attentes et ses questions. C'est à ce moment que les "règles du jeu" sont établies, définissant ensemble jusqu'où l'exploration pourra aller, toujours en lien avec les objectifs fixés.
Le consultant n'est pas un thérapeute
C'est la limite la plus importante. Si un bilan peut avoir des effets thérapeutiques en redonnant confiance ou en clarifiant des situations, ce n'est pas son objectif premier. Le consultant est un spécialiste de l'évolution professionnelle, pas un psychologue clinicien. Son rôle est d'aider à faire des liens entre la personnalité et le projet professionnel, et non de soigner des blessures passées. Il est donc essentiel de comprendre jusqu'où un consultant peut légitimement aller dans l'exploration de la sphère privée. Si des blocages profonds émergent, le consultant peut suggérer de consulter un professionnel adapté, mais il ne franchira pas cette frontière lui-même.
En conclusion, un bilan de compétences n'est ni une intrusion dans la vie privée, ni une démarche purement technique dénuée d'humanité. C'est un dialogue structuré où des éléments de la sphère personnelle sont utilisés comme des boussoles pour orienter la trajectoire professionnelle, dans un cadre sécurisé, consenti et strictement confidentiel.